le mont Ararat vu de la ville de Dugobayazit

depuis un village kurde, première vision du mont Ararat, au milieu des nuages

Celi ,23 ans, fait son service militaire à Ankara, sa jeune femme garde le foulard en permanence...

travail dans les champs à l'ancienne , fourches et rateaux

le long de la route toujours des appels d'agriculteurs pour partager un verre d'eau

Turquie 10 Dugobayazit et frontière d'iran

TURQUIE  10  Dogubayazit et la frontière iranienne

J’ai quitté Agri dès 6 heures. Des rues désertes. Sur une place une multitude de chaises et de tables rappellent que la visite de la haute autorité, c’est terminée en agapes, une grande rue qui mène à la nationale 100, ce sont les derniers souvenirs d’une ville qui a besoin d’un bon lifting…les camions ne font pas la trêve dominicale et ils sont bien les seuls à rouler…avec les tracteurs ; C’est une autoroute récente qui mène en Iran. Les petits coups de klaxon accompagnés derrière la vitre de la portière, d’un signe de la main m’encouragent. C’est la saison des moissons, et des fenaisons. Ici pas de moissonneuses-batteuses  tout se fait à l’ancienne. Une faucheuse coupe les blés, ramassés  à la fourche ou au râteau, puis regroupés en meule. J’ai tout de même posé la question, pourquoi ne pas utiliser un outil plus performant. Il m’a été répondu, qu’après cette moisson les animaux viennent paître, et la coupe actuelle correspond aux besoins. Pas un arbre. Il fait une chaleur épouvantable, et mon tee-shirt est bon à tordre et ce ne sont pas les gorgées d’eau qui peuvent humidifier une bouche desséchée. L’eau a la température de l’extérieur mais tout même, l’illusion de rafraichissement est là… vivement l’hiver !  De temps en temps un oasis apparaît avec quelques fermes. C’est vraiment  une mer aux épis blonds ; juché sur son tracteur, un agriculteur propose un verre d’eau fraîche. Son fils, fourche à la main porte une grosse veste sur le dos...comment peut-il résister aux rayons ardents du soleil, moi, je me promène, mais lui, il travaille ! Le soir, il est difficile dans ce contexte de trouver un endroit pour camper. Je repère  de loin quelques arbustes. Hélas la place est prise par deux camionneurs…non pas hélas. Ils préparent leur repas et vont repartir pour Ankara. Aussi ils m’invitent à partager les ailes de poulet, les tomates et le raisin. Pour la cuisson, pas de barbecue : il bidon coupé en deux, un peu de charbon de bois et hop, cinq minutes, nous pouvons nous lécher les doigts. Ce sont deux frères jumeaux, mariés avec deux enfants. Très sympathiques ils auraient bien voulu rester encore, mais leur point de chute est à 800kms.

Après le passage d’un col –Ipek Geçidi- à 2025m –le paysage change complètement : C’est la steppe, c’est cette herbe sèche et rase qui nourrit les moutons. Je suis entouré de montagnes. Si ce n’est cette brume de chaleur permanente, je pourrais jouir d’une vue grandiose. Après la montée une descente sur le village de Tasliçay, que je vais traverser sous le regard amusé d’un vétéran, parlant allemand ; Attention il est Kurde !  Cette façon de préciser à chaque fois : je suis Turc, je suis kurde, dénote un malaise dans cette région, pourtant ils vivent ensemble ! D’ailleurs, depuis mon départ d’Agri, les gendarmeries sont de véritables fortins. Elles sont entourées de hauts murs et à chaque angle un mirador. Les sacs de sable meublent les entrées de la caserne et il n’y a pas eu de restriction sur les fils de fer barbelés. Les véhicules genre  camionnettes,  ont laissées place à de petites automitrailleuses se déplaçant toujours à vive allure et gyrophares allumés. Je vais passer la soirée avec une famille ; La maison est au bord de la route et Celi  fait cuire…les ailes de poulet sur un foyer à même le sol. Il me fait signe…la curiosité est un vilain défaut, mais pas pour tous ! Il me propose une place pour la tente, derrière la maison, un peu éloignée de la route et à l’abri sous un magnifique saule pleureur. A 20 heures son jeune frère vient me chercher ‘’Yemek, Yemek ‘’ (manger). Celi a 23 ans, il fait son service militaire à Ankara pour un an. Il me présente sa jeune femme,Alima, elle coiffe foulard mais est habillée à l’européenne : Pull moulant et jeans. Très in. Sa mère en tenue traditionnelle et sa sœur font une brève apparition. Son père chauffeur, est parti pour l’Iran. Une couverture est posée sur le sol et va servir de nappe ; Avec Celi nous allons faire dinette ensemble, les femmes se sustenterons à l’intérieur de la maison. Sa femme fait le service. Les ailes de poulet sont accompagnées de riz, avec une sauce yaourt-concombre. Le pain est fait maison. A la fin du repas, il appelle sa femme pour enlever la vaisselle puis passe commande du thé et de ses cigarettes.  Très obéissante Alima !! Celi est turc…et il me le répète…Je lui demande de prendre une photo…un oui timide me satisfait. Le lendemain matin, dès six heures, Celi est devant la tente, il m’attend pour le petit déjeuner. Il m’aide au pliage  et sac au dos me dirige vers la maison. Sa sœur est déjà dans le pré gardant les moutons. Il me fait entrer dans la maison, dans un coin de la pièce un tapis au sol et un petit matelas pour banquette. C’est tout. Alima, que je salue, porte un plateau avec le thé, du pain et du fromage de brebis. Je reste avec Celi, sa femme part dans une pièce annexe ou il me semble apercevoir un salon…C’est l’heure du départ : Céli va prendre un bus pour Agri, je vais dans l’autre sens ; par politesse j’attends le minibus qui arrive...sa femme est triste, mais là, je ne comprends pas : aucun regard, aucun signe affectueux, même un aurevoir de la main de la part du mari…Il va, moi aussi. Sans commentaires : nous sommes dans une autre civilisation avec d’autres mœurs et autres coutumes, mais avec notre mentalité j’éprouve de la peine pour la pauvre Alima.

Au détour d’un croisement qui mène au lac Balik  Gölü, une vision de rêve : le mont Ararat culmine et comme toute majesté il porte une couronne faite d’une touffe de nuages. Je m’arrête pour mieux observer ce magnifique  mont qui serait en fait un volcan. Il culmine à 5137m et est donc le plus haut sommet de Turquie. Les neiges éternelles lui donnent son titre de noblesse. Ce serait là que l’arche de Noé se serait échouée. Mais ce serait sur une autre montagne, voisine, que les archéologues ont trouvé les restes de ce que l’on peut penser être un bateau…mais de là à déterminer s’il s’agit du bateau de Noé, à chacun de juger. Le mont Ararat est comme un nez sur le visage : il domine les autres montagnes (moyenne à 3000m) et notre regard se dirige systématiquement sur lui. Il est l’attraction et des treks sont proposés sur trois jours .Voici Dogubayazit, dernière ville turque avant l’Iran, ville de 36.000 hab. à une altitude de 1950m,dont on dit que c’est un ville de trafic, de contrebande et passage d’émigrés clandestins . Je ne suis pas expert, et je n’ai rien ressenti de tout cela. Par contre, je ressens la chaleur : une pharmacie sur son enseigne annonce 34 degrés à l’ombre ; Je vais à l’hôtel  et comme d’habitude, j’adore discuter du prix : Hôtel Kenan 2 étoiles ( turques) une chambre petite mais avec salle de bain individuelle pour 7€. C’est une ville militarisée : très grand camp avec des tanks, et sur les hauteurs de la ville des tours de guet. La présence importante de la ‘’gendarma’’ avec les véhicules blindés, complète le tableau sécuritaire. La mendicité d’Agri a des adeptes ici aussi, mais ce sont plutôt des personnes âgées, ce qui se conçoit...La présence de groupes électrogènes devant certains magasins indique que l’électricité doit souvent manquer…comme l’eau d’ailleurs !!C’est le problème des villes frontalières ignorées parcequ’éloignées. Je suis toujours surpris de voir autant de monde devant les banques face aux  Distributeurs Automatique de Billets. Chacun consulte son compte et une dizaine de personnes se colle à lui et visionne en même temps les opérations. Ici, à Dogubayazit, devant la poste c’est une trentaine qui attend pour avoir accès à la divine machine, les uns contre les autres, les commentaires fusent à chaque consultation ; il semble qu’il n’y a pas beaucoup de retrait d’argent, mais simplement une vision du compte. Dans les bars, assis sur de petits tabourets les hommes jouent au Tavla, nom turc donné au Backgammon. C’est vendredi, jour du marché sur un terrain vague du centre-ville. Les marchands se sont installés à leur bon vouloir, car aucune réglementation n’est prescrite. Le premier arrivé, a posé son étal à l’entrée de la rue et docilement les autres vendeurs ont continué, formant  des allées. Les marchands de bonbons sont les plus nombreux. Les femmes, habillées de leur long manteau ,boutonné de la tête aux pieds, sont parées de leur plus beau foulard dentellé.C’est la sortie hebdomadaire des gens de la campagne ;Tous les magasins sont ouverts, et la queue à la poste est impressionnante.   Le soir,  je déguste des tartes flambées aux doux noms de lahmaeuns, genre tarte alsacienne garnie d’une farce faite de viande de bœuf, d’oignons, tomates et légèrement pimentée.

Si je passe ici, c’est que ce lieu est un haut passage de la route de la soie ; Le palais d’Ishak Paça , à cinq kilomètres du centre-ville servait de caravansérail. C’est un plaisir que de parcourir cette petite route, avec une vue sur le mont Ararat, à gauche et en face, perché sur une colline l’impressionnante forteresse-château de couleur ocre. Ce palais  a été rénové  et des indications sont inscrites sur des panneaux donnant ainsi des références aux visiteurs .Une grande verrière a été mise en place, remplaçant la toiture,offrant le double avantage de la luminosité et de la protections des aléas climatique.Cette petite merveille d’architecture, qui commandait la haute vallée et les pistes caravanières , réunit les styles seldjoukide, ottoman, géorgien, perse, et arménien. Il faut dire que la construction a duré presqu’un siècle ! Digne palais des contes de mille et une nuits, il était composé de 366 pièces. D’abord, on pénètre dans  une première cour, ouverte aux marchands et invités, ensuite une deuxième cour réservée à la famille et hôtes de marque .Les bâtiments s’alignent autour de la seconde cour en forme de fer à cheval : mosquée, harem (superbe, ces dames étaient gâtées), cuisine, bains, salle de jeux, salle des cérémonies… système de chauffage central par un réseau de canalisation à l’intérieur des murs ; Tout n’était que raffinement ; un exemple :La salle de réception était entourée de miroirs accrochés au mur de façon plongeante afin que les serviteurs puissent voir sans déranger si les plats et assiettes étaient encore pleins. Les pièces habitées par le gouverneur kurde avaient la même forme : rectangulaire et une cheminée encadrée par deux fenêtres ... Les pièces habitées par les serviteurs au sous-sol : rectangulaire, plafond très haut…mais sans cheminée et avec un fenestron, mais j’y remédierais car ce palais est mon coup de cœur ! J’accepte la place de gouverneur !!

Mais en attendant…la frontière est à quelques kilomètres ; je vais dire au revoir à la Turquie, cette Turquie toujours aussi hospitalière et généreuse, cette Turquie avec ses mers et ses montagnes et ses paysages variés. Sa richesse  vient de ses habitants qu’ils soient turcs ou kurdes, ils sont unis par la même religion et si le ramadan a été un frein dans les rencontres, un écueil dans la vie de chaque jour, il a été un facteur d’union chez les habitants.  Le beau temps est là, sans orage, espérons qu’il donnera le sourire aux douaniers iraniens, car en disant je continue à pied en Iran, mon logeur s’est mis les mains sur la tête…pourquoi ? Je sais déjà que certaines règles sont à respecter, par exemple le jeûne du ramadan (jusqu’à la fin du mois) : ne pas manger ou boire dans la journée  est une infraction réprimandée par la police. Je boirai et mangerai en me cachant. Mais mon souci est d’un autre ordre : le visa est valable 30 jours, je dois être à Téhéran 5 jours avant pour le renouvellement, donc dans 25 jours, l’obtention des visas pour le Turkménistan et Ouzbékistan demandent une semaine…mais à chaque problème sa solution, je n’ose dire ici : Inch’Allah et comme disait si bien un commentateur radio ‘’à la semaine prochaine, si vous le voulez bien’’… sur la route de la soie en Iran !!

 

 

 

vendredi, sur le marché de Dogubayazit, les femmes, manteau boutonné de la tête aux pieds, avec un foulard dentellé

sur le marché des dizaines de marchands de ...bonbons

devant la poste, le distributeur de billets est pris d'assaut par des dizaines de clients

des dizaines de side-cars, dans cette petite ville;Et là si ce sont des enfants j'ai vu l'un d'eux avec 6 personnes!!

Même en plein soleil, les hommes portent des vestes ou des blousons, seuls les jeunes ont des maillots