la tente est montée...il est 20h, les enfants m'apportent le dîner

des camions chargés à faire peur ...heureusement chargés de paille coupée

le pont Cobandéde, passage de la route de la soie

château de Paslinler

village de Mollasüleyman, cette femme , sortant de l'enclos de sa maison, se rend à la mosquée, coran sous le bras

Turquie 9 d'Erzurum à Agri

TURQUIE 9  …D’ERZURUM à AGRI

J’aurais bien voulu ne faire qu’un seul commentaire jusqu’à Dogubayazit, mais cette semaine est si riche en rencontres et en découvertes qu’il m‘était impossible de tout raconter sans lasser le lecteur ; moi-même, le soir j’ai eu du mal à tout classer  .Quittant Erzurum par la grande avenue et repassant devant le village olympique des jeux d’hiver pour les universitaires, je me dirige vers la petite ville de Pasinler, renommée pour ses bains thermaux et son château. Ici la culture de la pomme de terre domine et sur le bord de la route, les vendeurs sont nombreux, mais pas de concurrence, tous vendent au même prix : le sac de 20 kgs est à 10Tl soit  3€30. Sur une aire de parking des camions chargés de sacs, contenant de la paille (hachée !), attendent que leurs chauffeurs  aient terminé la cérémonie du thé pour continuer leurs parcours…Chargement  à faire peur et nos marocains qui partent chez eux avec des voitures surchargées sont  de pales figures par rapport à eux !! Les sacs débordent sur les côtés et la porte arrière de la remorque sert à allonger la surface utilisée. Le soir arrivant à Pasinler, je suis abordé par Zafer. Dix minutes pour se comprendre…merci Google translate !! Son oncle qui est veuf, avait un hôtel, aujourd’hui fermé ; mais si je veux, je peux occuper une chambre. Il y a l’eau, mais pas chaude, et plus de draps, mais j’ai mon duvet...Je saute sur l’aubaine et me voici loger ; la visite du château qui a été construit la première fois au 9 ième siècle et qui a connu des transformations au fur et à mesure des changements de propriétaires guerriers s’est faite au pas de course. Perché et dominant il est bâti sur des rochers et modifié par le célèbre Sultan Soliman le magnifique, qui lui a en particulier attribué une mosquée et doublé ses défenses. Sa cour intérieure mesure 125m de long sur 20 de large et ses remparts puissants sont de blocs de pierre taillés .La vue, non seulement sur la ville, mais des alentours est superbe : une large plaine encadrée par des massifs montagneux .Je ne suis pas allé au ‘’thermal Springs’’mais je sais que l’eau est à une température  de 40° et salutaire pour les rhumatismes (Ici la cure n’est pas remboursée par la sécu !!) Le soir Zafer veut m’offrir un verre de thé…je ne peux refuser. Mais tous veulent payer leur tournée…STOP, je n’en peux plus !!  Zafer, ou plutôt sa femme, est propriétaire d’un magasin  vendant des bijoux, bracelets, boucles d’oreilles…si  j’ai bien compris : merci Tonton. Zafer est un homme heureux et je dois le remercier pour son aide spontanée (même si je pense qu’il doit fainéanter pas mal !!)  Si je pars le matin dès 5h30, ce n’est pas par envie, mais le soleil de l’après-midi tape déjà fort et je m’arrête deux heures l’après-midi…à l’ombre. La ville de Köpruköy, 17.800 hab., n’offre aucun intérêt, ville en longueur, désertique sauf par des gamins qui ne savant quoi faire, vont m’accompagner durant la traversée de cette cité. A quelques kilomètres un superbe pont enjambe la rivière Aras Nehri .Il se trouve sur la route  historique de la soie, et a été construit en 1295 par le Vizir Gazan Khan ; Il mesure128m de long sur 8,50 de large et se compose de 7 arches. Ses couleurs donnent un titre de noblesse à cet œuvre d’art : couleurs rouge, noir, gris, et ocre .Utilisé aussi à des fins militaires, ses décorations comme sa forme sont du style Seldjoukide (turco-persan) et Ilkhanide (mongol-persan). Le soir est ponctué par l’arrivée d’un orage et j’ai la chance de trouver un abri dans un genre de blockhaus ; Ce sont maintenant des champs de blé à perte de vue, les moissonneuses fonctionnent à plein régime et les tracteurs sur la route font des va et vient avec les précieux chargements. Je me souviens qu’à Konya, le prêtre de l’église m’avait dit que sa région était le grenier à blé de la Turquie. Je pense que ce grenier avait un frère et qu’il se trouve ici. Des vachers surveillent les troupeaux qui le long de cette rivière, trouvent une herbe verte ; Un projet de route devait être réalisé : des dizaines de piliers, prêts à recevoir des ponts sont à l’abandon !! Il n’y aurait pas qu’en France, que les travaux publics commencés  restent inachevés !! Mercredi 16 juillet 19 h : la journée a été venteuse et le soir je cherche un endroit à l’abri pour monter ma tente. J’ai repéré une petite mosquée entourée d’arbres et quelques maisons. Il s’agit en réalité de grosse ferme avec les habitations pour les employés : vachers, garçons d’écuries, conducteurs de moissonneuses…Sur le chemin, à peine engagé qu’un gamin d’une dizaine d’années, traversant un champ de blé, arrive en courant. J’ai préparé ma phrase en turc, mais avec l’accent…il ne comprend rien et me dit : non !alors je sors G’paslesmots et lui montre la tente : alors c’est Oui ! Ensemble nous cherchons l’endroit idéal .Ce sera  à côté des meules de paille, à l’abri du vent. Derrière les arbres j’entrevois la mère avec ses habits couvrants d’un marron clair, surveillant sa progéniture.19h30 le père arrive, souriant et chaleureux. Serrement de mains…il voudrait m’offrir le thé, mais ramadan étant là…pas avant 20h.La petite sœur vient rejoindre le garçon et assistent au montage de la tente. Ils repartent, suite à l’appel paternel. 20h : je vois arriver les deux enfants porteurs d’un plateau : Il s’agit de mon repas. Il est composé de pain, crudités, riz avec poulet, feuilles de vigne farcies et yaourt. J’aurais tellement voulu partager ce repas dans ce milieu familial …mais c’est ainsi.  Cette générosité ne m’étonne plus, elle fait partie de l’hospitalité turque, dans la mesure où le milieu familial et intime ne soit pas troublé. Le lendemain, le jour à peine levé, c’est un troupeau de jeunes taureaux (une cinquantaine) qui m’a réveillé. Le plateau était toujours là. J’ai déposé un canif que j’avais emmené et dont je ne me suis jamais servi. Imaginé la tête du garçonnet  lorsqu’il viendra récupérer le matériel !!

C’est dans la ville d’Horasan, ville de 42.000 hab. que je suis interpellé par une fillette de 10 ans, Fatmanur. Elle habite à côté de Paris et est en vacances avec ses parents pour deux mois dans la ville où elle a vu le jour. Fatmanur a de beaux yeux verts. Son père est maçon, ses frères sont nés en France…Mais ce qui m’a particulièrement intéressé c’est le cas de son cousin : Agé d’une douzaine d’années  il suit les cours de l’école coranique et, me montre son coran : Un livre, couverture verte, dont les pages entourées de filets dorés, sont écrites en arabe( ?) La petite me dit  « ce n’est pas de l’arabe, mais c’est un genre »et le cousin de me lire les premiers versets Effectivement il s’agit de l’écriture turque avant qu’Atatürk lance la  réforme avec l’usage des lettres latines. Etonnant et stupéfiant !! Certainement une bonne leçon pour nous occidentaux !! Le père arrive…je vais entrer dans le salon et reste un petit moment (sans voir les personnages féminins) Nous allons aller à la rencontre d’un turc champion …des moustachus : Monsieur Hachi Kirbaç . Oui, il est l’homme ayant la plus grande moustache en Turquie !! Sa moustache est si longue qui la noue sur le sommet de son crâne ; le premier ministre l’a félicité pour ce record et une photographie encadrée, bien placée sur le mur principal du salon, rappelle cet évènement. Cet homme est coiffeur de son métier !! Et, en bon commerçant me propose une coupe…pour moins de 2 € me voici rafraichi (il voulait me tailler aussi la barbe…c’est une autre histoire !!) Ici les femmes sont habillées de noir mais les foulards sont de dentelles blanches ;  les hommes passent  le temps à l’extérieur des bars fermés…un classique dans ce pays. Avant de quitter cette ville, j’écoute les muezzins : pourquoi ne pas s’harmoniser ? Impossible de suivre les chants de l’un quand quatre ou cinq entonnent en même temps les louanges à Allah ! C’est une cacophonie et les habitants ne font même plus attention aux paroles énoncées…à moins qu’ils ne les connaissent par cœur !

Des camions sont arrêtés au bord de la route. Des turcs boivent le thé. Des turcs ? Non des kurdes ! Je n’arrive pas à faire la différence, pour moi tous ces hommes sont équivalents. L’un d’eux un peu plus bavard, a connu pas mal de pays : Maroc, Algérie, Lybie, Syrie…et de me citer les villes qu’il connaît. Nous partageons nos connaissances sur la Syrie et à demi-mots regrettons l’évolution de ce pays si accueillant et si beau…

La route, pour me rendre à Eleskirt, est une route de montagne, et je passe le col de Tahir à 2240m.Les rochers, variant dans les couleurs de jaune, noir, ocre et rouge, luisent au soleil déjà haut et chaud. Pas un arbre.  Dans les pâturages les troupeaux de moutons gravissent les pentes abruptes et vont  à petite vitesse…curieux moutons : Une variété qui a un gros bourrelet de graisse sur l’arrière train, donnant dans leur déplacement un dandinement d’obèses ! C’est dans un couloir de roches que la descente dans la plaine s’effectue, puis au détour d’un virage j’aperçois la petite ville : un oasis au milieu des champs de blé. Eleskirt avec ses 23.700 habitants est une ville de la campagne : une rue principale, parcourue par des tracteurs et des moissonneuses énormes, créant des embouteillages, pris par les automobilistes avec une patience ‘’orientale’ ’,une station-service au cœur de la ville (c’est bien la première fois !)  Et la mosquée entourée de bars fermés avec ses inconditionnels assis aux tables attendant le soir l’appel à la prière clôturant la journée de ramadan. Je décide de prendre une petite route pour voir le château de Topprakale avec son caravansérail .Les premiers kilomètres je suis accompagné par Ismet puis, prenant un sentier de terre il part dans la montagne .Nous avons pu tout de même converser sur les thèmes habituels…il  a une maison, quatre enfants, vient ici pour un travail dans les champs de blé. Village de Mollasüleyman…petit village tranquille ou un jeune chevauchant un âne vient à ma rencontre ;une femme sort de son enclos , un coran à la main , elle se rend à la mosquée; un peu plus loin un berger tond un mouton marron, à l’aide de ciseaux larges et pointus, devant les habitations les bouses de vaches séchées sont empilées en forme de hutte : elles vont servir de combustible pour l’hiver rigoureux et puis …une voiture de ‘’gendarma ‘’ arrive derrière moi, une autre arrêtée dans un virage du village fait barrage  :des gendarmes armés de fusils descendent . La visite d’une haute autorité dans ces villages aurait-elle un rapport avec ce déplacement militaire ? J’ai vu passé des voitures banalisées, drapeaux au vent filant à vive allure sur la route que j’ai empruntée. Je ne me pose pas de questions et présente mon passeport.  Une voiture immatriculée dans le 92 arrive. C’est un turc travaillant en France qui sert d’interprète…involontairement! Le passeport entre les mains, l’officier téléphone aux renseignements généraux, pour vérification. Cela dure plus d’une heure !!!La route pour Troppakale est interdite et dangereuse aujourd’hui…dangereuse veut dire non sécurisée. L’automobiliste attend avec moi…il pense à un problème de terrorisme, mais n’étant pas au courant je ne veux pas parler de la situation politique kurdo-turc dont tous parlent sous le manteau à basse voix et taisent à haute voix.

C’est ainsi que dans un fourgon de gendarmerie, je suis ramené à Eleskirt .Attroupement lorsque je descends du fourgon, les attablés devant les bars sortent de leur torpeur, et viennent aux nouvelles .L’annonce de la fermeture temporaire de la route vers Goncali( fin de la route passant par le château de topprakale) provoque des sourires narquois des autochtones ; Ma marche va reprendre sur la route nationale vers Agri .Agri ville de 111.700 habitants, plus grosse ville avant l’Iran (nous ne sommes plus qu’à 130 kms environ) s’étale dans une cuvette surchauffée.

Agri est une ville très éloignée des autorités gouvernantes de la Turquie ! On la voit  délaissée : Les rues, ayant des trottoirs mal ou non terminés, des rues encombrées de gravas, sales et désordonnées, le centre avec sa rue piétonnière ferait honte à une ville telle que Bolu ou Trabzon. A-t-elle un passé historique ? Ici pas d ‘’office tourisme’’qui permet à chaque fois d’avoir des indications, et une visite rapide mais complète de la ville et ses alentours. Samedi 19, il est 20 heures. La ville est en ébullition, les voitures de police circulent gyrophares en alerte…bientôt des élections vont avoir lieu et une personnalité doit faire un déplacement( ?)…les voitures noires déboulent tous feux allumés.  La circulation est bloquée. L’énervement des policiers est montée d’un cran et pendant ce temps le muezzin annonce la fin du ramadan pour cette journée…Ainsi va la vie de ce pays.

 Je remarque que la tenue vestimentaire des femmes a changé : presque plus de noir, mais le port de foulard aux couleurs vives, plus d’homme portant la barbe mais un petit calot sur la tête. Si, dans la journée le calme règne en ville, le soir c’est un déluge humain dans le centre-ville : les petits tabourets sortent, les théières sont en chauffe, les gamins, d’une dizaine d’années, se métamorphose en cireurs  de chaussures, les hommes se promènent en se tenant le bras, et les jeunes filles et garçons, habillés en jeans et polos, ressemblent étrangement à nos jeunes ! Belle évolution…La grande mosquée connait son affluence habituelle et ses petits dômes argentés dans la cour abritent des échoppes. Si Agri n’a pas de monuments par contre elle a son compte de mendiants : les personnes âgées, droites ou courbées tendent un gobelet, les femmes assises en tailleur un enfant sur les genoux et puis…les petites bandes organisées ayant un chef, à qui l’on vient remettre le don du passant. Dans une rue de ville c’est la première fois que je vois autant de sollicitation. L  a pauvreté existe aussi ici.

Demain départ pour Dogubayazit et le mont Ararat .A  5 kms de la ville, je rendrais visite à un célèbre  et l’un des plus beaux caravansérails : le palais d’Ishak Paça. En fin de semaine  prochaine je ne serais pas loin de la frontière iranienne, ou nous aurons Deux heures trente de décalage horaire…et les derniers commentaires sur la route de la soie en Turquie.

 

félicitation au champion de Turquie pour des moustaches si longues qu'il les noue sur la tête

A l'heure de la pause, rencontre avec un groupe de Kurdes,chauffeurs des camions...si bien chargés

La mendicité organisé à Agri... Etape 1: solliciter un bienfaiteur, sous le regard de la chef( en noir avec le sac dans le dos)

mendicité organisé à Agri... étape 2 : remettre au ''caissier'' la recette récupérée (sous le regard de la chef en noir)

le tondeur de mouton dans un village kurde