elle tend la main...qui n'est pas ganté !!

la citadelle de bayburt

bayburt et la citadelle sur la colline

la descente sur bayburt s'amorce...

la montée la plus raide est faite...le village de Karamaçan apparaît bien petit au fond de la vallée

le soir au bar, après la'' fermeture ''du ramadan

petit village avec les maisons en bois

dans les champs de thé...les ramasseurs s'activent efficacement

TURQUIE 8 de TRABZON à ERZURUM

Arsin, Arakli sont de petites villes sur le bord de la mer noire qui n’ont  pas le charme et les aménagements des autres villes avant Trazbon. D’abord  cette partie la côte est beaucoup moins verdoyante côté mer, seuls les noisetiers donnent encore le ton, mais vers la montagne. OF est une ville de 32000 habitants, ce n’est pas  une ville de villégiature, cela se sent de suite. La rue principale est à six voies, ce qui donne beaucoup de place aux automobilistes. Mais OF est une ville riche, riche de son thé. On ne parle et ne vit que pour cette plante. Il doit falloir beaucoup d’humidité et du soleil pour que les buissons de thé trouvent l’énergie dans des pousses si vertes. Question humidité, je n’en doute pas…j’ai été servi. Question soleil de timides apparitions mais qui sont chaudes ; Intelligemment les usines de conditionnement sont installées le long de la rivière Solakli Derési, au milieu des champs de thé. Cette rivière  est le fil directeur, de la route, et de la présence des villages ; je vais la suivre pendant des kilomètres.  Les camions chargés de la précieuse récolte de thé font la queue devant les tapis roulants du quai de déchargement. Dans les champs, hommes et femmes armés de longs  sécateurs, avec une poche pour récupérer les feuilles travaillent avec beaucoup de sérieux et les coupes sont rapides et précises. Une fois la poche pleine, ils vont la déverser sur une bâche posée sur les buissons de the. Cette bâche est descendue à dos d’homme au bord de la route et vidée dans la benne du camion…puis départ pour la ‘’fabrique’’. Tous les villages, sur cette route montagneuse vivent du thé. Les noisetiers ont  disparu, je perds avec eux mes abris pour la nuit !! La première petite ville se nomme  çaykara ! çay en turc c’est le thé ! Je la traverse sous le regard de badauds étonnés de voir un marcheur dans cette région. L’un d’eux  ose venir me parler et lui explique que par la montagne je vais à Bayburt. Je ris en le voyant mettre ses deux mains sur la tête…après c’est vrai j’ai ri …mais jaune ! Ils voudraient bien m’offrir un thé, mais c’est ramadan, alors on m’offre une petite bouteille d’une boisson gazeuse légèrement citronnée, très rafraichissante. La route monte en douceur, sur la rivière deux barrages  avec des centrales électriques sont encore en chantier.  Les paysages sont de plus en plus beaux. Les gorges  sont  serrées avec cette rivière très tourmentée. Les sapins ont du mal à s’accrocher sur des parois parfois abruptes. Les couleurs des pierres varient selon les filons, vont du marron au jaune et du noir au rouge bauxite. La route se divise en deux : vers  le site d’Uzungöl, qui, avec un petit lac, est sur les brochures publicitaires, comme site touristique de première catégorie, mais ce n’est pas ma route. Ma route va à çamlibel, que je vais découvrir à la sortie d’un virage. Il n’y a  pas de mot assez fort pour exprimer la beauté du décor ;  En hauteur, de vieilles maisons en bois, groupées autour de la mosquée d’un blanc  et vert franc font taches  au milieu des champs .La montagne enveloppe ce village et les nuages descendent doucement vers le minaret. Une petite pluie fine commence à tomber. Il me reste encore huit kilomètres pour atteindre ma première halte montagnarde sur les quatre que je dois effectuer. On se sent transporté dans ce décor alpin ; la vallée s’élargie, laissant apparaitre au fond, à travers les nuages une forêt de sapins et un cirque avec surement un col à passer ; 17H30 arrivée au village de Karaçam .C’est la rencontre avec un français- turc (il a les deux nationalités) qui va déterminer la halte ici. Il m’informe de la présence de loups et d’ours dans la montagne, et il n’est pas question de repartir ce soir. Le Maire qui vient me voir propose un canapé à la mairie, mais Noksan me logera chez lui.  La température s’est rafraichie, il fait 8°. Les habitants du village viennent me saluer et m’observer. Les gens d’ici, m’explique Noksan ne travaille que le matin en période de ramadan. D’ailleurs c’est l’heure de la prière, et il me confie à un jeune homme pendant son absence ; A son retour nous nous rendons à son domicile.  Il occupe une maison qu’il a héritée de son père et qu’il a rénovée avec beaucoup de goût. Il faut gravir une cinquantaine  de marches sur un escalier de pierre pour y parvenir, elle a une position dominante et une vue totale sur le village ; Noksan habitait Paris et était spécialiste de la rénovation en bâtiment. Il œuvrait dans les quartiers bourgeois de la capitale et a fait de bonnes affaires. Je rencontre madame, un instant, sa fille à la cuisine prépare le repas du soir. Ses deux autres fils habitent à Istanbul et sont tous les deux architectes. On m’attribue une superbe chambre avec salle de bain privative. 20h l’appel à la prière de l’imam détermine l’heure du repas. Dans le salon, qui à la belle vue, sur le village illuminé, Noksan me porte mon repas : soupe, salade tomates et concombres, riz avec viande et pastèque. Lui, va avec sa femme et sa fille dîner dans une autre pièce.  Vers 21h30 nous redescendons au bar du village. Tous les hommes sont là : certains jouent aux cartes, d’autres aux dominos…et le thé coule à flots !! Vers 23H Nous remontons à sa maison : la porte de communication avec la cuisine et le salon est fermée. Noskan me fait ses adieux devant la porte de ma chambre…et va rejoindre sa famille qui l’attend.

Le lendemain je pars à Six heures. Le jour est levé depuis plus d’une heure mais le plafond est bas. Les nuages transparents s’élèvent dans le ciel. La route pour Bayburt est un chemin de pierres tassées et  monte…beaucoup .Le village encore endormi  diminue au fur et à mesure de mon ascension. En huit kilomètres je vais monter de mille mètres. 1500m d’altitude au village, je passe un col à 2654m .Des terrasses cultivées du village  je suis passé dans une superbe forêts d’hêtres  ,puis de sapins pour arriver dans les pâturages alpestres parcourus par des torrents dévalant les pentes  dans un bruit chantant .La route serpente et arrive à un ancien poste militaire abandonné qui sera  ma maison d’un soir. Je suis encore à Quarante kilomètres de Bayburt. Petite halte au village de Sirataslar.Les agriculteurs-montagnards sont aux champs ; C’est la saison des foins et je rencontre sur le chemin chacun avec son râteau et sa faux .La route descend vers le village d’Akbulut ; je vais chercher à me loger et c’est le maire du village, un jeune maire qui me propose un habitat dans la mairie. Muhammet  Aigûzel occupe cette fonction avec sérieux et comme il me dit ‘’je suis le chef’’ ; une rencontre avec l’Imam, car dans ce village d’à peine trois cent habitants, tout se sait rapidement ; L’épicerie-bar du village va connaitre sa  vie habituelle vers l’heure fatidique donnée par l’imam, dans un appel à la prière particulièrement harmonieux. Je n’ose croire que ma présence y est pour quelque chose !Un ancien habitant de Belfort s’est improvisé interprète auprès d’un public attentif ,et a pu traduire les réponses aux questions posées…presque toujours les mêmes !!Il est assez tard quand je rejoins la pièce qui m’est attribuée, et les nombreux verres de thé bus, m’empêche de trouver un sommeil rapide. Monsieur le maire, fonction oblige, après la première prière, vient  me dire au-revoir et nous  frottons nos fronts…comme le veut la coutume !   La terre est belle, l’eau abondante ce qui favorise les cultures maraichères dans ces vallons fertiles : Pomme de terre, betteraves, haricots,  choux et oignons.

A une altitude de 1550m, 36000 habitants représentent la ville de Bayburt. Cette ville est dominée par une magnifique citadelle, une énorme citadelle. Elle coiffe tout le sommet de la grande colline dominant la ville. La restauration des remparts et de certaines parties des tours sont  des plaquages de pierre  qui donnent un effet  de couleur remarquable. Je pense que cette citadelle est l’une des plus grande de Turquie et Marco polo qui est passé ici par deux fois a dû être émerveillé comme moi aujourd’hui. Bayburt était une étape importante de la route de la soie. Je remarque les habits de deux dames : particulièrement le foulard couleur bistre, genre cagoule, fait de dentelles ne laissant apparaitre que deux yeux  fardés et  un  manteau-couverture marron enveloppant le corps et cachant les cheveux .C’est un habit local traditionnel et, à ma demande de photo c’est un non catégorique. Les vieilles femmes portent ce manteau et je peux prendre des photos…mais seulement de dos ! Bayburt est une ville agricole, et comme à Çankırı le vendeur de tracteurs fait de bonnes affaires, son magasin en témoigne…

La route qui me conduit à Erzurum, est une route de montagne. Si au départ elle suit la vallée de la rivière Masat Cayi , donc assez plate elle quitte rapidement son lit  et les virages apparaissent, et je prends de l’altitude. Des travaux importants d’élargissement de la route, le percement de deux tunnels  troublent la circulation. Les carrières de pierres  font des taches claires dans un paysage vert ; Il n’y a plus un arbre. Sur les monts des moutons paissent et les ânes leur tiennent compagnie. Je suis dans les alpes du nord ; je suis au col de la bonnette qui relie Jausiers à Nice .Même paysage, les monts  dessinent des lignes brisées dans l’horizon ; la route serpente, et je monte et je monte…Enfin je passe  le col de  Kop Dagi Geçidi à 2409m d’altitude. D’habitude, les bars et restaurants  qui sont à cette barrière sont ouverts, mais aujourd’hui avec le ramadan tout est fermé .Heureusement il  reste la fontaine dont l’eau rafraichissante qui  ne connait pas ces problèmes religieux !! S’il fait chaud dans la journée, environ 28 ° (et je ne vais pas m’en plaindre) les nuits sont fraîches et les amplitudes sont importantes, plus de 20 °. Je trouve abri pour la nuit sous des peupliers, nombreux dans la région.  La petite ville d’AsKale  possède une cimenterie très importante, mais au détriment de son environnement. La montagne, située à ses côtés n’est plus qu’un énorme trou de gruyère de couleur crème. L’industrie a gagné sur l’écologie. Les nuisances ne sont pas que visuelles, les camions font le va et vient des carrières à la cimenterie, mais tout le monde doit y trouver son compte !!

A une vingtaine de kilomètres, la ville d’Erzurum, avec ses 395.000 habitants apparait. Nous sommes à 1945M d’altitude. Vision de mirage dans le désert, vision réelle d’une grande ville au milieu de la steppe ; Les abords de la grande avenue qui mène au centre-ville sont des terrains militaires sur deux kilomètres et l’interdiction d’entrer est formulée dans toutes les langues, même le français ! Passant devant l’université j’apprendrais que 40.000 étudiants donnent un coup de jeunesse dans cette ville. La station de ski est à une dizaine de kms et est ouverte neuf mois de l’année. Des panneaux rappellent que l’organisation mondiale des jeux d’hiver universitaires a été confiée à Erzurum et  se sont déroulés en 2011.Les structures  sont restées et le stade couvert de hockey sur glace, celui du patinage et l’arène du curling règnent  encore dans la zone sportive. Dans la rue principale, les grands centres commerciaux se font concurrence et doivent connaître en hiver une affluence, ou par des températures de moins 30°, certains clients viennent se réchauffer. La ville se veut moderne et la jeunesse en jeans, cheveux au vent côtoit des femmes voilées de noir de la tête aux pieds (certaines ont des voiles de couleur=coqueterıe oblige=) ne laissant paraitre qu'une paire d’yeux .D'autres ont un genre de couverture sur elle et une fente verticale au niveau des yeux leur permet un contact avec le monde ; Ici les hommes se donnent le bras en déambulant autour de la grande mosquée. Des rencontres insolites, avec des femmes  nous rappellent que plusieurs ethnies vivent ensemble : turcs, kurdes arméniens. Les monuments sont groupés dans le centre-ville. C’est d’abord Yakutiye medresesi, une école théologique mongole construite en 1310.A l’intérieur un musée d’ethnographie et des arts turco-islamiques ; la coupole centrale est soutenue par des stalactites à facettes qui captent la lumière et créent de superbes dessins. Les portes pour accéder aux chambres des étudiants ne doivent pas dépasser les 1m30. Le minaret est décoré de motifs géométriques en céramique bleu.  Une autre médersa : cifte minareli medrese ; Elle est fermée pour rénovation, mais de l’extérieur on aperçoit la richesse décorative des deux minarets : Sculpture et mosaïque montent jusqu’au sommet ; lors de sa réouverture, elle servira de lieu d’exposition, sa cour mesurant 1500 m2. Un peu plus loin, Üc Kümbetler – les trois tombes-sont dans un enclos. Les  toits sont coniques et  la tombe octogonale  est celle de l’Emir Saltuk, on ne connait pas les heureux locataires des autres mausolées. Sur les hauteurs  le kalesi, le château d’Erzurum domine la ville. Du haut de la tour de l’horloge Erzurum est à nos pieds ; Horloge, oui mais le mécanisme visible dans la tour est arrêté, dommage car la cloche en bronze est de taille à faire concurrence aux muezzins des mosquées. Comme sœur Anne, du haut de sa tour, je vois la route au loin qui va à Istanbul, je vois les montagnes avec les remonte-pentes, je vois le côté caché de la ville avec son bidonville, je vois l’immense artère qui fend la ville en deux, je vois  vingt-huit minarets et le toit du caravansérail. Rüstem pasa Kervansarayi  a été construite par le grand vizir du sultan süleyman’in sadrazami (Süleyman le magnifique) en 1561 ; Il a l’architecture typique ottomane des caravansérails : des accès dans la cour pouvant être clos par de lourdes portes en cuivre, des entrepôts pour les marchandises au rez de chaussée, ainsi que les écuries pour les chevaux et chameaux et, les logements et restauration au premier étage. Aujourd’hui, les bijoutiers se sont accaparés les lieux, mais ils continuent la tradition en faisant du commerce  ce dont était l’une des  vocations du caravansérail. Bien sûr, nous avons une grande mosquée : Ulu camii qui date de 1179 et a été rénovée en 1964 ; C’est période de ramadan et elle a peine à loger tous les fidèles à l’heure de la prière. Sur l’une de ses façades est accrochée une fontaine ; Elle fait partie des deux cent fontaines qui alimentaient en eau  potable la ville au 18 et 19 nième siècles et entretenues aujourd’hui. La ville est calme. Elle attend vingt heures… les restaurants vont rouvrir, les salons de thé servir les habitués dans les petites rues, et les magasins rester ouverts tard pour contenter une clientèle qui se retrouve le soir en famille. La température à 18 heures est de 27°, cette nuit elle sera de 12°. Comme les autres je vais humer l’air de cette cité, et fais la connaissance d’un étudiant en économie à l’université d’Erzurum. La discussion va durer plusieurs heures, car il est avide de connaitre la vie en France, et moi curieux de connaître la vie en Turquie. Pour résumé : Il habite à 600kms d’ici à Gazi Antep qui se traduit en’’ Paris de l’Orient’’. Ses études sont entièrement prises en charge par l’état et ses parents reçoivent une bourse de 300$ pour sa nourriture et ses besoins personnels. Son père est policier et perçoit environ 1000€ mensuel ; C’est un patriote dans l’âme, cherchant à défendre son pays dans diverses tensions avec ses voisins .Il se défend de faire de la politique, pour l’instant il veut réussir ses études. Il trouve que la vie est chère ici et que cette ville n’est pas jolie. Je lui rétorque qu’une ville à cette altitude est difficile d’entretien et qu’elle est certainement plus belle sous la neige. Mais il a raison : le kébab, qui est ma référence, vaut ici 4TL alors que le même à Edirne valait 2Tl, 5 avec le ayran ! Dans ce milieu musulman, ma barbe est un passeport, bien plus efficace que les documents administratifs. Des hommes me regardent et ne savent pas quoi penser, quelques-uns lancent un timide ‘’Salam ‘’ et je leur réponds. Mais le plus étonnant est l’attitude de l’un d’eux : prenant ma main, il la porte sur ses lèvres puis la dirige sur son front…marque  de respect ? Je n’ose sourire et comme eux met la main droite sur mon cœur en inclinant la tête. Je demande à quelques-uns si je peux prendre photos, surtout aux hommes aux visages burinés par le soleil et le froid, mais tout n’est pas gagné d’avance, et j’accepte le refus avec philosophie. Bref séjour dans la ville, mais je vais y rester ce dimanche…coupe du monde de foot au milieu de ses fanatiques de ballon rond…la soirée risque d’être animée...demain je fêterai notre fête nationale sur la route vers Agri et Dogubayazit. Ce nom ne vous dit rien ? Et si je vous dis : Mont Ararat, le mont de Noé…Prenons donc rendez-vous sur cette étape de la route de la soie !!

 

 

 

vue générale d'Erzurum ,photo prise le la tour de l'horloge de la citadelle

la citadelle d'Erzurum

la caravansérail RÜSTEM paşa d'Erzurum

les trois mausolées Üc Kümbetler dans un enclos à Erzurum

la medersa Yakutıye medresesı transformée en musée d'ethnographıe